I. Une couverture en assainissement insuffisante

Dans le cadre de leurs activités industrielles, artisanales, agricoles, domestiques et urbaines, les sociétés prélèvent de l’eau, puis la rejettent chargée de divers polluants. Lorsque ces pollutions sont rejetées sans traitement préalable dans les milieux naturels, elles altèrent la qualité des rivières, lacs et nappes souterraines, provoquant de graves nuisances. Les eaux douces voient ainsi leur qualité dégradée tout autour du globe depuis plus d’un demi-siècle, du fait notamment de l’explosion démographique, occasionnant des difficultés d’approvisionnement en eau potable et des perturbations des écosystèmes aquatiques.
Pour remédier à cette catastrophe sanitaire et écologique, il est indispensable de développer le recours à des traitements de l’eau, qu’il s’agisse de potabilisation ou d’assainissement. Cependant, de grandes inégalités existent entre les pays concernant les moyens financiers et techniques pour assurer ces traitements.

A. Assainissement et ressource en eau

1. Cycle technique de l’eau et assainissement

Les transferts de l’eau entre les différents réservoirs naturels de l’hydrosphère (rivières, lacs, océans, nappes souterraines, nuages, etc.) sont souvent représentés sous la forme d’un schéma appelé cycle naturel de l’eau. De tout temps, les sociétés humaines ont interagi avec ce cycle pour assurer leurs besoins vitaux en prélevant de l’eau dans l’un de ces réservoirs et en la rejetant après l’avoir utilisée. Aujourd’hui, cette boucle anthropique est marquée par une forte technicité. L’eau subit différents traitements depuis son prélèvement jusqu’à son rejet dans le milieu naturel. C’est le cycle technique de l’eau, également appelé cycle domestique ou cycle urbain de l’eau.

L’eau est tout d’abord pompée dans un cours d’eau ou une nappe phréatique. Afin de garantir une eau propre à la consommation humaine, des usines de potabilisation assurent l’élimination des éléments potentiellement néfastes pour la santé humaine. L’eau est ensuite stockée, puis distribuée aux habitations et aux entreprises via un réseau d’adduction d’eau potable. Après utilisation, l’eau usée est évacuée et débarrassée de ses polluants avant son rejet au milieu naturel. C’est l’assainissement, c’est-à-dire dire la collecte, le transport et l’épuration des eaux usées. De manière schématique et selon la localisation de l’habitation, l’assainissement peut être collectif (transports des eaux usées dans un réseau d’égouts et dépollution dans une station d’épuration) ou individuel (équipement d’épuration autonome à proximité immédiate du logement).

2. Principales fonctions de l’assainissement

Visualiser le cycle technique de l’eau permet de bien comprendre la fonction majeure de l’assainissement. Il est indispensable de rendre une eau propre au milieu naturel puisque les sociétés humaines ont besoin d’y prélever une eau propre pour vivre. À l’inverse, l’absence ou l’inefficacité des dispositifs d’assainissement induisent la dispersion dans l’environnement de divers éléments polluants (matières fécales, urine, graisses, détergents, produits d’hygiène, etc.). Ces polluants contaminent alors les réserves d’eau utilisées par les populations. La fonction principale de l’assainissement est donc la protection de la santé humaine.
Ces dernières décennies, une autre fonction a été associée à l’assainissement du fait de la prise de conscience par la société et les gouvernements des dégradations de l’environnement : la préservation des écosystèmes aquatiques. Des réglementations de plus en plus contraignantes et des techniques de pointe permettent dans certains cas le rejet d’une eau de très bonne qualité permettant le développement d’une faune et d’une flore aquatiques qui avaient parfois disparu.
Cependant, ces résultats sont disparates à l’échelle mondiale et certaines régions du monde ne parviennent pas encore à assurer la protection de la santé des populations. Au Nord, si les aspects sanitaires restent au cœur des préoccupations, les enjeux de l’assainissement se sont fortement orientés vers la protection de l’environnement. Au Sud, la santé publique reste le principal moteur des programmes d’assainissement.

B. Ampleur du déficit d’assainissement

1. Déficit dans la population mondiale

Lorsqu’elles disposent des capacités financières nécessaires, les sociétés intègrent l’assainissement dans leur cycle technique de l’eau. Le coût des installations reste prohibitif pour un grand nombre de pays.
En 2010, 2,6 milliards de personnes n’ont pas accès à des infrastructures d’assainissement (source : PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement)  qui garantissent une protection minimale de l’eau consommée dans la suite du cycle par la population, soit un taux de 39 % de la population mondiale. C’est l’assainissement de base. Il correspond à "l’accès à un système d’évacuation des excreta amélioré, ce qui inclut les connexions à un système d’égout, à une fosse septique, à une latrine à siphon hydraulique à fosse simple ou à fosse améliorée ventilée. En revanche, ne font pas partie des systèmes améliorés les latrines publiques ou partagées, les latrines à ciel ouvert (cas de nombreuses latrines à fosse simple), les latrines à seau et bien évidemment la défécation en plein air" (source : Water and Sanitation Program).

En considérant l’accès à des toilettes privées installées à proximité d’une arrivée d’eau courante, constituant des conditions d’hygiène fortement souhaitables, ce déficit atteint 4 milliards de personnes, soit 61 % de la population mondiale.

Carte 1 : Couverture de l’assainissement de base (2004)
(Source : OMS)

2. Déficit par pays

Dans le monde, l’accès à l’assainissement de base est fortement variable. La carte n°1, présentant la couverture de l’assainissement de base en 2004, montre que les pays développés (Europe, Amérique du Nord, Australie, Japon) sont généralement couverts par un réseau d’assainissement complet, permettant l’évacuation et le traitement des eaux usées. À l’opposé, les pays moins développés (Afrique, Asie, Amérique latine) présentent des taux d’équipement beaucoup plus faibles. Les pays les plus défavorisés – dont le taux de couverture en assainissement est inférieur à 25 % des foyers – sont situés en Afrique subsaharienne (Niger, Burkina Faso, Somalie, Éthiopie, etc.) et quelques uns en Asie (Afghanistan, Cambodge, Laos).
Sur la carte n°2, présentant le produit intérieur brut par habitant (PIB) en 2007, le même clivage  apparaît entre pays développés avec les PIB les plus élevés et pays en développement avec les PIB les plus faibles.
Une corrélation peut donc être établie entre richesse et couverture de l’assainissement de base. Ainsi, la plupart des pays affichant des PIB inférieurs à 3 000 dollars possèdent une couverture en assainissement inférieure à 50 %. Tous les pays avec un PIB supérieur à 30 000 dollars présentent une couverture en assainissement supérieure à 90 %.
Comme pour les soins médicaux, la nourriture et l’eau potable, l’accès à l’assainissement est marqué par le fossé économique qui sépare les pays du Nord et ceux du Sud.

Carte 2 : Produit intérieur brut par habitant (2007)
(Source : FMI)

II. Conséquences sanitaires