II. Conséquences sanitaires

Un système d’assainissement assure en premier lieu l’évacuation des excréments et des urines. En l’absence de telles infrastructures, les déjections humaines restent à proximité des lieux de vie. Au-delà des gênes évidentes occasionnées par les odeurs, l’absence de système d’assainissement a des conséquences sanitaires directes : le développement de maladies liées à l’eau, les maladies hydriques.

1. Maladies hydriques

À l’échelle mondiale, l’impact des maladies hydriques, en général de type diarrhéique, est considérable. Dans les pays développés, les épidémies de gastro-entérites sont régulières mais les symptômes sont limités dans leurs effets et leur durée. Il faut considérer que les populations « à risque » des pays en développement sont fragilisées par la malnutrition, le manque d’eau potable et le faible accès aux soins hospitaliers. Chaque année, 2 millions de personnes meurent de maladies diarrhéiques, dont 90 % d’enfants de moins de cinq ans (soit 5 000 enfants par jour). 88 % de ces maladies sont liées aux problèmes de qualité de l’eau, d’assainissement et au manque de salubrité et d’hygiène.
Une maladie hydrique est provoquée par l’ingestion ou le contact avec une eau insalubre, en particulier lorsqu’elle a été contaminée par des déjections. En effet, de nombreux organismes responsables de maladies chez l’Homme passent une partie de leur cycle de vie dans les excréments et urines humaines ou animales. Ces organismes sont pour la plupart microscopiques.

Maillon essentiel des écosystèmes, les micro-organismes peuvent être des producteurs primaires (ayant la capacité d’utiliser la matière inorganique pour se développer) ou des recycleurs (consommant la matière organique des végétaux ou animaux morts et participant ainsi au recyclage des éléments constitutifs de la vie : carbone, azote, etc.).

Parmi les micro-organismes résidant dans les matières fécales, certains sont pathogènes. Lorsqu’ils sont ingérés ou pénètrent d’une autre façon dans l’organisme, ils sont responsables de maladies. La contamination peut avoir lieu de différentes façons  :

  • consommation d’une eau contaminée par des matières fécales ;
  • contact des mains sales avec la bouche ;
  • fertilisation des terres agricoles avec des eaux d’égouts ;
  • contamination par un hôte intermédiaire (exemple : le moustique) ;
  • pénétration au travers de la peau (source : Safe Drinking Water, S.E. Hrudey, E.J. Hrudey, Hardback, 2004).

2. Micro-organismes responsables des maladies hydriques

"Les organismes responsables de maladies sont de différents types. Par ordre croissant de taille se succèdent les virus, les bactéries, les champignons, les protozoaires et les vers. Des exemples sont décrits succinctement pour chaque catégorie" (source : Microbiologie, L.M. Prescott, J.P. Harley, D. Klein, De Boeck, 2003 et Microbiologie, J. Perry, J. Staley, S. Lory, Dunod, 2004). Les premiers moyens de prévention face à ces maladies sont dans tous les cas un système d’assainissement et une hygiène stricte autour de l’eau de consommation.

a. Virus

Cette catégorie constitue la forme la plus simple d’organisme pathogène. Le virus est constitué d’au moins une coque (appelée capside) qui enferme son ADN ou ARN, structures chimiques constituant l’identité génétique. Pour se reproduire, les virus infectent une cellule et s’y multiplient. Les virus véhiculés dans les eaux usées sont responsables en grande partie des gastro-entérites.

  • Poliovirus

Maladie associée : poliomyélite

Épidémiologie : éradiquée à 99 % depuis 1988, son incidence est passée de 350 000 cas en 1988 à 500 cas en 2011. Présente dans 125 pays il y a 20 ans, elle était endémique dans quatre pays en 2008 (Afghanistan, Inde, Nigeria Pakistan). Mais en 2010, une flambée épidémique a atteint au moins 130 personnes au Tadjikistan.

Prévention et traitement : vaccination, pas de traitement.

Vue au microscope de rotavirus © BIOSPHOTO Laguna Design OSF
  • Rotavirus

Maladie associée : gastro-entérite
Épidémiologie : principale cause de mortalité infantile dans le monde, le Rotavirus est à l’origine du décès d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans par an. Des épisodes épidémiques sont réguliers dans le monde entier (épisode hivernal systématique), mais le plus grand nombre de décès ont lieu en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est.

Prévention et traitement : pas de traitement antiviral spécifique. L’immunité acquise après la contamination est efficace uniquement contre le spécimen (sérotype) responsable de la contamination. Deux vaccins disponibles.

  • Norovirus

Maladie associée : gastro-entérite
Epidémiologie : c’est l’agent qui occasionne le plus de gastro-entérites, souvent d’origine alimentaire, toutes classes d’âge confondues. Il est très actif à l’échelle mondiale. 90 % des adultes auraient déjà été contaminés par le Norovirus.
Prévention et traitement : ni antiviral, ni vaccin ; contrôle nécessaire des fruits de mer crus.

b. Bactéries

Les bactéries constituent la forme d’organismes responsables de maladies hydriques qui a été identifiée en premier par Louis Pasteur. Ce sont des organismes unicellulaires dont le matériel génétique n’est pas protégé par une coque. Les bactéries présentent la particularité de pouvoir se développer dans tous les milieux. Cette caractéristique, appelée ubiquité bactérienne, implique leur présence dans tous les écosystèmes. Un grand nombre de bactéries vivent en symbiose avec notre organisme et participent notamment au processus de digestion des aliments. Une faible proportion du monde bactérien est pathogène (environ 3 %). La capacité d’adaptation des bactéries aux milieux hydriques facilite leur survie dans les eaux usées.

  • Escherichia coli

Maladies associées : gastro-entérites, infections urinaires, méningites, septicémies
Epidémiologie : cette bactérie intestinale très commune est majoritairement sans danger mais il existe des formes pathogènes (telle que Escherichia coli entérohémorragique). Sa présence dans l’eau, lorsqu’elle est détectée en grande quantité, indique la contamination potentielle de l’eau par des bactéries plus virulentes, comme Salmonella typhi ou Shigella dysenteriae, respectivement responsables du typhus et de la dysenterie bactérienne.
Prévention et traitement : cuisson à plus de 70 °C des viandes.

Vue au microscope de leptospira © BIOSPHOTO CNRI Science Photo Library
  • Leptospira interrogans

Maladie associée : leptospirose
Epidémiologie : 500 000 cas sévères par an dans le monde, avec un taux de mortalité supérieur à 10 % ; principalement dans les zones chaudes et humides d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, également dans les cours d’eau des régions tempérées (les rongeurs sont des hôtes intermédiaires par le biais de leur urine) ;
Prévention et traitement : vaccin (contre une seule souche), lutte contre l’exposition professionnelle, information près des lieux de baignade, contrôle des eaux.

  • Vibrio cholerae

Maladie associée : choléra
Épidémiologie : épidémies régulières dans les pays en développement. Le nombre de cas annuel est en constante augmentation ces dernières années (190 130 cas notifiés en 2008, dont 5143 mortels). "Toutefois, le bilan véritable de la maladie pourrait se chiffrer à 3-5 millions de cas et 100 000-120 000 décès par an" (Source : OMS) . Ainsi, il y a eu en Haïti entre octobre 2010 et avril 2012 plusieurs centaines de milliers de cas et plus de 7 000 décès.
Prévention et traitement : plusieurs vaccins disponibles, mais avec un prix de 20 dollars la dose et une efficacité de six mois à un an, ils sont inaccessibles aux populations les plus pauvres.

c. Champignons

Les champignons sont des organismes dont la reproduction s’effectue par spores. Ils se nourrissent par absorption et sont dépourvus de chlorophylle. Ces organismes sont en grande partie pathogènes et infectent plantes et animaux. Chez les plantes, ce sont les principaux responsables de maladies telles que le mildiou. En revanche, une partie des champignons entretient une relation symbiotique avec les plantes ; sur les racines, elle participe en particulier à une bonne absorption de l’eau. Chez les animaux, les maladies causées par les champignons sont appelées mycoses. Tout comme les bactéries, ils dégradent la matière organique et participent au recyclage des éléments nutritifs. Parmi les centaines de milliers d’espèces identifiées sur Terre, environ cinquante provoquent une maladie chez l’être humain.

  • Aspergillus fumigatus

Maladie associée : aspergillose (affection des poumons, nocive si le système immunitaire est affaibli).
Épidémiologie : champignon présent dans les matières organiques en décomposition au niveau des canalisations inusitées ou des bras morts. Ses spores sont transportées dans l’air, puis inhalées.
Prévention et traitement : contrôle des canalisations et des dispositifs de filtration d’air, traitements.

d. Protozoaires

Les protozoaires sont des organismes constitués d’une seule cellule et dotés d’un noyau. Ils sont pour la plupart capables de se déplacer et peuvent parasiter l’intestin grêle. Seuls vingt genres de protozoaires sont responsables de maladies humaines mais, à l’échelle mondiale, leur impact est considérable.

  • Giardia lamblia

Maladie associée : giardiase (infection intestinale avec troubles digestifs)
Épidémiologie : distribution mondiale.
Prévention et traitement : traitement antiparasitaire.

  • Entamoeba histolytica

Maladie associée : amibiase (infection intestinale avec troubles digestifs, forme de dysenterie)
Épidémiologie : 10 % de la population mondiale infectée, principalement dans les pays dont les conditions d’évacuation des eaux usées et d’hygiène générale sont mauvaises.
Prévention et traitement : traitement amœbicide (destruction des amibes pathogènes).

  • Plasmodium

Maladie associée : paludisme (pas à proprement parler une maladie hydrique, mais son occurrence est directement liée à la présence de l’eau et c’est de plus la parasitose la plus répandue dans le monde).
Épidémiologie : transmis à l’Homme par une piqûre d’anophèle (moustique majoritairement présent dans les régions chaudes et marécageuses), 400 à 900 millions de cas de fièvre et entre 1 et 3 millions de morts par an. 80 % des cas sont situés en Afrique subsaharienne.
Prévention et traitement : vaccins en phase d’essais, traitements prophylactiques ou curatifs.

e. Vers et œufs parasites

Les vers parasites (ou helminthes) forment un ensemble très hétérogène, caractérisé par l’absence de patte, de flagelle et d’appareil rotateur céphalique. Plus de trois milliards d’individus sont atteints d’une maladie ou d’une autre affection due à un ver ou helminthe parasite (tel que le ver solitaire).

  • Ascaris lumbricoides

Maladie associée : ascaridiose
Épidémiologie : vers présents chez plus d’un milliard d’individus (20 000 décès par an, forte mortalité infantile), surtout dans les zones tropicales.
Prévention et traitement : lavage des légumes crus (zones où les selles sont utilisées comme engrais), traitements forçant l’évacuation des vers (vermifuges).

Vue au microscope de Necator © BIOSPHOTO – David Scharf Science Photo Library
  • Ankylostoma duodenale et Necator americanus

Maladie associée : ankylostomose
Épidémiologie : vers présents chez 1,3 milliard d’individus (65 000 décès par an), surtout dans les pays en développement, où le pourcentage de personnes infectées peut atteindre 90 %.
Prévention et traitement : ne pas marcher pieds nus dans les zones à risques, traitements.

Cette liste de micro-organismes et des maladies hydriques associées met en évidence les risques sanitaires liées au manque d’assainissement. Or, des études ont fait apparaître que l’assainissement de base pourrait empêcher jusqu’à 77 % de ces infestations.
Il existe un autre groupe de risques sanitaires liés non plus à des micro-organismes, mais à la toxicité des polluants. Ces polluants et ces risques sont décrits dans le chapitre B. Conséquences environnementales, car davantage associés à la faune aquatique, même si les humains peuvent être touchés dans certains cas.

3. Répercussions socio-économiques

Les conséquences du manque d’assainissement ne s’arrêtent pas à la santé humaine, elles influent sur les possibilités de développement des individus et des sociétés.

L’absence d’installations d’assainissement est un réel obstacle à la dignité humaine. Quand les commodités sanitaires font défaut, il devient souvent impossible de se soulager à l’abri du regard des autres. Les normes en vigueur dans la plupart des sociétés sont souvent plus strictes à l’égard des femmes, confrontées parfois à l’interdiction d’assouvir leurs besoins avant la tombée de la  nuit. L’absence de toilettes dans l’école ou à proximité est aussi un facteur de déscolarisation des jeunes filles.

Le manque d’assainissement peut être évalué en termes de dommages économiques dus à la perte de productivité (journées de travail perdues pour maladies ou garde d’enfants, temps passé à faire la queue devant des latrines publiques ou à chercher des endroits isolés) et aux dépenses de santé.

III. Conséquences environnementales